03/06/2007

REGARDE QUELLE EST MA VIE DE COUPLE !!!!!

Le TDA/H et la vie de couple

par Kathleen Nadeau, Ph.D.

Il est permis de télécharger ou reproduire l'article qui suit, de créer des hyperliens s'y référant ou de l'inclure dans un site web à la condition de bien mettre en évidence en tête dudit article la déclaration suivante:

Ce matériel éducatif est rendu disponible grâce à la courtoisie de Darryl Peterson et de Attention Deficit Disorder Resources, un organisme à but non lucratif qui a son siège social à Tacoma dans l'État de Washington et dont l'objectif est d'aider les personnes déficientes attentionnelles à réaliser leur plein potentiel. Notre abondante documentation ainsi que notre revue trimestrielle sont en vente à l'adresse suivante: ADD Resources, 223 Tacoma AveS, #100, Tacoma, WA. 98402. - Tél.: (253) 759-5085 - Courriel (en anglais): addresources@nventure.com - Site web: www.addresources.org. - Source francophone: le TDA des adultes.

Comme, dans notre pratique, nous rencontrons de plus en plus d'adultes déficients attentionnels, nous sommes confrontés non seulement avec les problèmes du TDA mais aussi avec les problèmes et le stress que le TDA amène dans le couple. Plusieurs groupes de soutien ont surgi aux USA pour aider les parents d'enfants DA/H. Les conjoints des déficients attentionnels ont eux aussi besoin d'aide mais rien n'existe pour eux à ce moment-ci. Nous espérons que cet article attirera l'attention sur les conjoints de déficients attentionnels et incitera ces derniers, les conjoints, à rechercher de l'aide pour mieux fonctionner dans leur couple.

Comment sont les conjoints des déficients attentionnels? Il ne peut y avoir d'autre réponse à une question aussi générale que: «Ça dépend.» On retrouve toute la gamme des problèmes dans les familles des DA. À une extrémité du continuum, on retrouve les couples où les deux partenaires sont DA. Dans de tels couples, le problème évident est la situation de confusion et de crise perpétuelle. Les deux conjoints ont tendance à agir sans réfléchir, sans planifier, ce qui amène la confusion au quotidien. «Mais je croyais que tu allais conduire John à sa pratique de soccer! Ne sais-tu pas que ma voiture est en réparation cette semaine? - Tu ne m'as jamais dit que tu faisais réparer ta voiture. Ne te souviens-tu pas que mon cours d'éducation physique commence cette semaine et que tu as promis de conduire John au soccer?» Pour de telles familles, le traitement consiste à se concentrer sur des techniques d'organisation simples, structurées, pratiques, pour chacun des membres. Chaque conjoint est davantage conscient du manque de planification de l'autre que de ses propres oublis, et les conflits surgissent habituellement d'un blâme mutuel.

Cependant, la grâce salvatrice de ces familles tient au fait qu'aucun des deux conjoints ne s'attend ou n'exige de l'autre un haut niveau de clarté ou d'organisation. Si les deux sont relativement à l'aise dans la confusion et les signaux contradictoires, alors la tension est à son plus bas niveau. Toutefois, des problèmes surgissent fréquemment. Il est possible que aucun des conjoints ne sachent faire un bon usage de son temps, ne puisse suivre à la trace les états financiers ou les consultations médicales, prévoir les dépenses à venir, ou assurer le bon fonctionnement de la voiture. Les situations de crise sont donc nombreuses.

Bien qu'il existe de tels couples, la situation la plus fréquente est celle où un adulte DA a un conjoint structuré et organisé. Vu leurs difficultés à gérer leur vie quotidienne, les adultes DA ont souvent tendance à s'associer avec des «organisateurs». Ce dernier (cette dernière) sera celui (ou celle) qui prendra les rendez-vous chez le dentiste ou le médecin, qui contactera les ouvriers d'entretien, qui équilibrera le compte de banque, et qui se chargera de régler les impôts. Souvent cette relation prendra l'allure d'une relation mère-fils ou père-fille où un des conjoints fonctionne à plein régime alors que l'autre est maintenu dans un rôle d'irresponsable, de dépendant.

Dans un tel couple, les problèmes surgiront pour diverses raisons. L'un ou l'autre des deux conjoints finit par nourrir des rancunes. L'«organisateur» finit par s'attendre et à exiger davantage de participation de la part de son conjoint. Cette situation se produit souvent lorsque arrivent les enfants et que les responsabilités s'accroissent. Celui des deux qui s'est occupé d'entretenir la maison et d'équilibrer le budget est de moins en moins capable de le faire et d'assumer les multiples responsabilités qu'amènent les enfants. La tension et les conflits s'accumulent au fur et à mesure des frustrations de l'«organisateur». Le conjoint DA, avec la meilleure intention du monde, consent à assumer davantage de responsabilités. Malheureusement, vu son peu d'expérience et ses piètres qualités organisationnelles, il assumera sa tâche à peu près, à la dernière minute; souvent même, il oubliera. Ce que l'autre interprètera en disant: «Tu t'en fous, n'est-ce pas? Tu t'attends à ce que je fasse tout!»

De la même façon parfois, l'autre conjoint finit par maugréer contre le contrôle que l'organisateur exerce sur lui ou sur elle. Souvent, c'est un schème répandu, les adultes DA apprennent à mieux s'organiser quand ils arrivent dans la trentaine. Le conjoint «organisateur», et parfois contrôlant, sur qui on avait l'habitude de se fier dans les années précédentes, sera peut-être perçu alors comme un dominateur. Le conjoint DA acquiert de la maturité et finit par s'affirmer; il ou elle aura alors l'impression que les attentes de l'autre sont opprimantes et inutiles. Il ou elle aura le sentiment que son enthousiasme et sa spontanéité sont constamment remis en cause par son conjoint plus attentionné et plus sûr de lui.

La thérapie de couple devra viser à aider chacun des conjoints à changer de rôle. L'«organisateur» craindra peut-être de perdre son utilité et ultimement de perdre l'amour de son conjoint. Autant l'«organisateur» finira par trouver pénible la responsabilité qu'il ou elle a choisi d'assumer, autant aussi il ou elle sera sûr-e que l'autre ne peut pas se passer de lui ou d'elle. En thérapie, l'«organisateur» apprendra qu'il peut avoir une autre valeur pour son conjoint et que le rôle de pseudo-parent ne convient plus. D'autre part, le conjoint DA apprendra qu'il ne peut pas simplement manifester son désir que l'autre cesse de le superviser; il doit aussi assumer la part des responsabilités qu'il veut voir son conjoint céder.

Gestion du budget. Vu leur manque d'organisation et leur peu d'attention aux détails, les adultes DA peuvent facilement perdre la tête dans des questions financières. Ils sont incapables de prévoir les dépenses importantes à venir. Aussi, les maisons d'adultes DA sont souvent encombrées d'objets hétéroclites qui n'ont plus leur utilité: des équipements d'exercice physique qui accumulent la poussière, de dispendieuses caméras utilisées une fois et oubliées par la suite. Les difficultés financières ne sont pas dûes nécessairement à des achats compulsifs mais plutôt à une piètre organisation. Factures accumulées jamais payées. Un manque de crédit occasionné par une attitude délinquante de ne jamais payer ses factures. Un mauvais dossier financier qui finit par créer un problème quand vient le temps des rapports d'impôt. Des retraits au guichet automatique jamais comptabilisés. Des chèques sans fonds par manque de prévoyance. Souvent le conjoint DA doit admettre et accepter qu'il a besoin d'un certain contrôle et d'un support externe tel qu'une conjointe payeuse de factures, qu'il n'a besoin que d'un montant fixe d'argent de poche chaque semaine, qu'il ne doit pas avoir une carte de crédit plafonnée trop haut.

Le fouillis et la désorganisation. L'ordre et la propreté sont souvent des questions chroniques dans les couples dont un des partenaires est DA. À cause d'un manque d'organisation, d'énormes quantités de déchets peuvent s'accumuler. On laisse la paperasse s'accumuler avec l'intention d'y mettre de l'ordre «un de ces jours». Des accessoires de jeu ou de loisir seront rangés «temporairement» dans le vivoir ou la chambre à coucher et y resteront. La conjointe aura beau supplier de faire le ménage, ses supplications resteront lettre morte pendant des années. Ce qui sera souvent interprété comme un refus entêté de la part du conjoint DA ne sera en fait qu'une incapacité de planifier, de structurer et de compléter ce qui semble être une tâche impossible. Certains couples en arrivent à un compromis en créant une «chambre à désordre» dont on gardera la porte fermée. La solution n'est jamais simple.

Les «organisateurs» finissent par croire qu'ils donnent toujours sans jamais recevoir. Ils finissent par croire aussi que tout repose sur leurs épaules. Ils auront beau critiquer, se plaindre et, à l'occasion, se bagarrer, ils finiront toujours par avoir l'impression que «si une chose doit être faite, c'est eux qui doivent la faire». Ils deviennent tellement prisonniers de leur rôle de sauveur qu'ils ont l'impression que personne à la maison ne peut répondre à leurs besoins. La thérapie dans de tels cas doit permettre au conjoint non DA d'avoir le contrôle sur le temps et la manière dont les choses doivent être faites. [...]

Les oublis. Voilà une des caractéristiques du TDA: les oublis et les absences d'esprit. Depuis le fait de se verrouiller à l'extérieur de sa voiture ou de laisser la liste d'épicerie à la maison, les difficultés peuvent aller jusqu'à oublier de noter et de se souvenir des dates importantes ou des rendez-vous importants. Le conjoint non DA connaîtra les nombreuses déceptions d'anniversaires oubliés ou d'engagements non remplis.

Les retards continuels (Chronic lateness). Les retards continuels sont étroitement liés aux oublis. Les adultes DA sont de piètres gestionnaires de leur temps. Ils ont tendance à s'engager tellement à fond dans une chose qu'ils en oublient tout le reste. Souvent ils sous-estiment le temps qui sera nécessaire à une activité. Surchargeant leur agenda, ils se précipiteront d'un engagement à un autre et seront constamment en retard. Même dans une journée relativement bien planifiée, pour des adultes DA, il existe toujours des possibilités d'être en retard. S'ils pensent qu'ils ont tout leur temps, ils essaieront de gagner 10 minutes de sommeil, de lire un autre article dans leur quotidien du matin, ou encore ils prendront le temps d'arrêter au dépanneur en cours de route. Il est trop facile pour le conjoint d'un adulte DA de voir dans ces retards constants un manque de prévoyance surtout lorsque l'adulte en question déteste lui-même qu'on le fasse attendre. La personne qui fait attendre les autres sur une base quotidienne sera elle-même impatiente et frustrée si on la fait attendre.

Déménagements et changements d'emploi fréquents. Les adultes DA ont toute une histoire d'ennuis avec leur superviseur et leurs collègues de travail, ce qui engendre souvent toute une suite d'emplois occasionnels. Les déménagements et les changements d'emploi engendreront à leur tour l'ennui, l'impatience ou les attentes irréalistes. Parfois la décision de déménager sera prise de façon impulsive sans considération des conséquences. Même lorsque le conjoint DA conserve longtemps le même emploi, sa vie professionnelle n'en sera pas moins caractérisée par la frustration et les conflits perpétuels.

Problèmes relationnels. Certains adultes DA ont acquis fort peu de sociabilité et portent souvent peu d'attention aux indicateurs sociaux. Ainsi, un adulte DA plutôt volubile ne se rend pas toujours compte que la personne avec qui il parle a perdu intérêt dans son trop long monologue. D'autres ennuis relationnels surgiront du fait que l'adulte DA n'a pas appris à émettre ses opinions d'une manière diplomatique. Au moment d'un désaccord, par exemple, l'adulte DA se laissera emporter par une vague d'émotions fortes et ne se rendra pas compte de son comportement offensant ou inapproprié. Aussi les adultes DA sont souvent portés à interrompre les autres dans les conversations. De tels schèmes de comportement n'occasionnent pas que des problèmes aux adultes DA, ils mettent parfois aussi les conjoints dans l'embarras.

Le diagnostic et le traitement du TDA des adultes sont essentiels. L'aide psychologique en combinaison avec une médication est essentielle. L'adulte DA doit reconnaître ses zones problématiques et en assumer la responsabilité; il (elle) doit découvrir des stratégies lui permettant d'améliorer son organisation et sa mémoire. La consultation peut aider à faire prendre conscience des ennuis interpersonnels que l'individu devra s'efforcer d'améliorer au travail autant qu'à la maison.

Contrairement à ce qu'on a souvent entendu dans le passé, les adultes DA peuvent grandement bénéficier d'une médication. Cependant la médication du TDA des adultes n'est pas chose simple et elle doit être prise en charge par un médecin, souvent un psychiatre ou un neurologue expérimenté dans le traitement du TDA des adultes.

La thérapie de couple peut s'avérer extrêmement utile. On peut y aborder la question de «l'utilisation du TDA en tant qu'excuse». On peut aider les partenaires à mieux solutionner leurs problèmes, à mieux identifier les rôles qu'ils ont été amenés à jouer, et à améliorer leur relation. La thérapie de couple aide également le conjoint à ne pas prendre trop au sérieux les problèmes occasionnés par un TDA de manière à désamorcer des problèmes chroniques.


  • TDA/H: Trouble de l'attention (déficit d'attention) avec ou sans hyperactivité
    (AD(H)D: Attention Deficit (Hyperactivity) Disorder
  • DA/H: déficient-e attentionnel-le avec ou sans hyperactivité

Titre original: «If Your Spouse Has ADD -
What It's Like to Be Married to Someone with ADD
»
Paru dans A.D.D. Reader, a collection of short, easy-to-read articles
by nationally-prominent authorities...
p.74s
produit et distribué par ADDult Support of Washington for Adults with A.D.D.
Traduction: GLM, novembre 2002


Le TDA des adultes:   

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Québec (Qué), Canada, décembre 2002.

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13:50 Écrit par CELINE DURAND alais FANIDOLE dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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